co-signée par PLUS DE 20 décideurs ET ACTEURS CLÉS DU MONDE SOCIAL ET NUMÉRIQUE

Tribune Le Monde

Face à l’ampleur de la précarité numérique en France et l’absence de réponse adaptée nous lançons  ce jour un appel à la mobilisation à travers une tribune intitulée « La numérisation facteur d’exclusion pour ceux qui cumulent précarité sociale et numérique ». Cette tribune interpelle sur l’importance d’accompagner les Français les plus fragiles dans la transformation numérique de notre pays, et démontre que des solutions sont possibles collectivement. Acteurs de la solidarité, entrepreneurs du web, observateurs attentifs et grandes entreprises se retrouvent autour de cet enjeu aussi social qu’économique.

Le Texte :

Inscription à Pôle emploi depuis mars, prime d’activité lancée par la Caisse nationale d’allocation familiale depuis janvier, déclaration de revenus au mois de mai… Avec la dématérialisation totale de nombreux services publics essentiels, la République numérique se modernise.

Mais elle prend le risque de se construire sur un terrain inégalitaire. Car ces services 100 % en ligne, qui s’installent sans vraiment s’annoncer, font vaciller le pacte républicain pour tous ceux qui sont éloignés d’Internet. Nous, acteurs de la solidarité, entreprises privées, entrepreneurs du Web, réunis pour la première fois, faisons un seul et même constat : plus que jamais, l’autonomie numérique (ou littératie numérique) de tous devient une condition nécessaire de notre cohésion sociale. Chacun le devine, sans en mesurer l’importance.

Des perspectives uniques de modernisation

Nous en sommes convaincus, le numérique offre des perspectives uniques de modernisation de l’Etat. Cependant, si pour nombre d’entre nous la dématérialisation des services les plus essentiels facilite le quotidien, tous les Français ne sont pas encore armés pour affronter ces nouveaux usages.

Pour les plus de cinq millions de citoyens qui cumulent précarité sociale et numérique, la numérisation représente un facteur d’exclusion supplémentaire : une double peine pour des mères célibataires devenues subitement dépendantes des compétences numériques de leurs enfants, pour des personnes âgées isolées, pour des travailleurs peu qualifiés et des jeunes en recherche d’emploi.

Certains citoyens, en situation d’illettrisme par exemple, auront d’ailleurs toujours recours au guichet. Soulignons que la précarité numérique est protéiforme : difficultés d’accès liées à la bancarisation des personnes et au coût des équipements, méconnaissance des opportunités qu’Internet peut offrir, démotivation ou défiance face à un clavier… sont autant de freins à l’inclusion numérique – et donc sociale – des plus fragiles.

Agréger nos forces

Parce qu’en 2016 la dématérialisation des services publics fait d’Internet un passage obligé pour accéder à ses droits et à sa citoyenneté, ces publics en difficulté affluent déjà vers les guichets d’aide sociale. Ils viennent chercher de l’aide pour s’inscrire aux services de la protection sociale ou pour actualiser leurs droits. Les effectifs étant insuffisants pour traiter ces demandes croissantes d’accompagnement, ils sont redirigés vers les associations de solidarité et auprès des professionnels de l’accompagnement social.

Une étude conduite en 2015 par Emmaüs Connect montre que l’action sociale subit de plein fouet la dématérialisation totale de services de première nécessité : 75 % des professionnels interrogés par l’association sont contraints à faire les démarches « à la place de » la personne qu’ils accompagnent. Pourtant, seuls 10 % d’entre eux déclarent être formés pour accomplir cette tâche. Les acteurs de la solidarité signalent que les équipes de bénévoles sont confrontées aux mêmes demandes, et au même manque de cadre et de solutions pour y répondre sereinement.

Pourtant, pour accompagner ces publics fragilisés par la dématérialisation, il existe de nombreuses initiatives publiques et associatives, portées par les acteurs de la solidarité ou de la médiation numérique. Ils sont, malgré leur engagement indéfectible, atomisés sur les territoires et dépendants de financements insuffisants. Au final, leurs réponses sont sans commune mesure avec la masse des personnes concernées par la précarité numérique et donc potentiellement en rupture de droits.

Convaincus que le numérique peut-être à la fois vecteur d’égalité des chances et source de développement économique, les signataires de cette tribune, saisis par l’urgence, souhaitent s’unir autour d’une grande initiative citoyenne qui vise à mettre l’action sociale, les médiateurs numériques, les acteurs publics, les opérateurs de la protection sociale, le secteur privé et même chaque citoyen en capacité d’accompagner les plus fragiles vers l’autonomie numérique. Pour moderniser, sans exclure.

Outil indispensable d’éducation

Partout où l’enjeu est soulevé, chacun perçoit la profondeur du sujet : comment expliquer alors l’absence d’un plan national qui prendrait la mesure de l’urgence, et l’absence de ligne budgétaire associée ? Un plan « Usages » qui viendrait compléter le plan Très Haut Débit – 20 milliards d’euros d’ici à 2020 – et qui, au même titre que ce dernier, représenterait un véritable investissement, à la fois réaliste et salutaire, pour l’avenir.

Conscients de nos responsabilités, nous, signataires, nous engageons à nous organiser en formant des réseaux d’accompagnement au numérique sur le territoire. Ces réseaux sont déjà en partie existants : ce sont les nôtres, il faut les outiller, les démultiplier et les animer. C’est pour cette raison que nous plaçons une partie de nos espoirs dans le développement de ressources pédagogiques et de parcours de formation en ligne, gratuits et collaboratifs, autour desquels nous pourrons agréger nos forces et nos ressources.Cette plate-forme Web pour le développement de la littératie numérique permettrait également à une communauté de citoyens, moins formelle mais néanmoins massive et solidaire, d’aider un ami, un parent, un voisin. Nous n’inventons rien, nous nous inspirons directement du succès de pays qui, de l’Australie à la Scandinavie en passant par le Royaume-Uni, ont investi dans cet outil indispensable d’éducation au numérique pour accompagner les publics fragiles à grande échelle. Un défi que nous relèverons collectivement, car nous avons tout et tous à y gagner.

Ce texte, à l’initiative d’Emmaüs Connect, est cosigné par un regroupement inédit d’une vingtaine de structures et personnalités, associations de solidarité, entreprises et entrepreneurs du Web: Gilles Babinet (entrepreneur du numérique), Catherine Barbaroux (Association pour le droit à l’initiative économique/Adie), Anne Charpy (Voisin Malin), Familles Rurales, Patrick Ferraris (Capgemini Consulting France), Fondation SFR, Louis Gallois (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale/FNARS), Marie-Thérèse Geffroy (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme/Anlci), Google France, Thierry Kuhn (Emmaüs France), Le Groupe La Poste, Bernard Le Masson (Fondation Accenture), Philippe Lemoine (Fondation Internet nouvelle génération/Fing et Debout), Mounir Mahjoubi (Conseil national du numérique), Guy Mamou-Mani (Syntec numérique), Olivier Mathiot (PriceMinister), Benoit Menard (Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés sanitaires et sociaux/Uniopss), Kevin Polizzi (Jaguar Network), Secours catholique, Stéphane Soto (Aix-MarseilleFrench Tech), François Soulage (Collectif Alerte), Benoît Thieulin (Agence d’innovation La Netscouade), Léa Thomassin et Ismaël Le Mouël (HelloAsso et Social Good Week), Patrick Weil (Bibliothèques sans frontières).

Durant ma Présidence, Le syntec Numérique a positionné le Numérique comme une solution majeure aux grands enjeux de notre pays ; Chômage, déficits, désertification….Cet engagement citoyen ne peut s’envisager sans une réduction des inégalités en particulier dans l’accès au numérique. C’est pour cela que j’adhère à cette tribune qui véhicule un message essentiel à l’encontre des idées reçues de deshumanisation de la transformation numérique de notre société. Guy Mamou-Mani, Syntec numérique

Je m’engage car… une République numérique ne peut se concevoir aujourd’hui sans inclure les personnes les plus fragiles. Non seulement l’inégalité n’est pas une option, mais le numérique doit être mobilisé pour apporter des réponses créatives à des besoins sociaux collectifs. » Mounir Mahjoubi, Conseil national du numérique

La révolution internet doit être inclusive pour bénéficier à tous. » Benoit Thieulin, La Netscouade

L’omniprésence du numérique dans le quotidien est incontestable. Malheureusement, les populations fragiles, éloignées de ce support, sont exclues du progrès et du confort et les isolent un peu plus. Nous, Aix-Marseille French Tech nous engageons à œuvrer pour améliorer l’accès de toutes et tous au monde digital. » Stéphane Soto, Aix-Marseille French Tech

Le numérique est une formidable opportunité, sous réserve que l’on prenne effectivement en compte les besoins de chacun et que l’on soit vraiment innovant dans les approches et solutions. J’ai la conviction que l’action collective des entreprises et associations peut faire la différence. » Bernard Masson, Fondation Accenture

La raison de ma signature est le constat que dans le non-recours au droit, la difficulté, matérielle et intellectuelle, d’accès à des outils numérique est une cause essentielle. Nous plaidons pour la mise en oeuvre d’un accompagnement des personnes les plus éloignées, pour qu’elles puissent enfin avoir accès à cet outil qui est de plus en plus incontournable. Pour ces personnes, c’est aussi un outil indispensable pour ompre l’isolement et avoir le sentiment d’appartenir à une communauté. » François Soulage, Collectif Alerte

Les partenaires réunis par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme tiennent à réaffirmer que la maîtrise des compétences de base constituent la première marche indispensable qui ouvre l’accès à l’utilisation des outils numériques. Lutter contre l’illettrisme numérique c’est d’abord s’engager pour que chacun maîtrise pleinement et durablement la lecture, l’écriture et les compétences de base. » Marie-Thérèse GEFFROY, Agence nationale de Lutte contre l’Illettrisme

Pour Familles Rurales, il est important de soutenir toute action qui permet de lutter contre la fracture numérique, qu’elle soit liée au défaut d’infrastructure ou à une situation de précarité, et toute initiative permettant de consacrer un droit efficient au numérique. » Familles Rurales

Il est primordial de lutter contre la fracture numérique. Plus que d’avoir accès à un ordinateur ou à une connexion internet, l’enjeu est aujourd’hui de donner à tous les clefs pour comprendre le numérique et s’en approprier les usages. Les bibliothèques doivent avoir les moyens de jouer un rôle moteur pour la médiation et l’accompagnement vers le numérique. C’est aussi tout le sens du programme “Voyageurs du Code” développé par Bibliothèques Sans Frontières, qui prend parfaitement sa place dans les bibliothèques. ” Patrick Weil, Bibliothèques Sans Frontières.

 

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